Citations

« Cent "non" font moins de mal qu'un "oui" jamais tenu. »
Sagesse asiatique.

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« Il est important de promouvoir une unité qui ne peut pas et ne veut pas être une uniformité, mais qui est capable de garantir le respect des différences nationales et des diverses traditions culturelles qui constituent une richesse dans la symphonie européenne, en rappelant d’autre part que “l’identité nationale elle-même ne se réalise que dans l’ouverture aux autres peuples et à travers la solidarité envers eux” (Ecclesia in Europa, n. 112). »

Benoît XVI, Palais de l’Élysée, 12 septembre 2008

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samedi 21 juin 2008

L'UE voit s'éloigner l'espoir d'une sortie de crise rapide


AFP - samedi 21 juin 2008, 9h50

Traité de Lisbonne : l'UE voit s'éloigner l'espoir d'une sortie de crise rapide

Le traité de Lisbonne censé rendre l'Europe plus efficace paraît plus menacé que jamais une semaine après le non irlandais, en raison des risques qu'il court en République Tchèque et de problèmes de dernière minute dans la ratification britannique.

Les dirigeants européens, qui espéraient prouver lors de leur sommet de 24 heures à Bruxelles que le texte résisterait au rejet irlandais de la semaine dernière, n'ont pas atteint leur objectif.

Ils ont dû accepter la demande du Premier ministre irlandais de ne pas chercher à surmonter la crise avant quatre mois, date du prochain sommet européen d'octobre.

Brian Cowen a également jugé impossible à ce stade de "dire s'il y aura un autre référendum sur cette question", alors que les dirigeants espèrent soumettre le traité "aménagé" à un nouveau référendum dans les mois qui viennent.

Les dirigeants n'ont même pas pu appeler clairement à accélérer dans l'intervalle la ratification du traité dans les sept autres pays encore en suspens.

Vu le risque de voir le traité rejeté par le Parlement tchèque - "Je ne parierais pas 100 couronnes sur sa ratification au Parlement", a reconnu le Premier ministre Mirek Topolanek - Prague a refusé toute formulation trop contraignante.

Si le communiqué final adopté par les 27 note que 19 Parlements des Etats membres ont déjà ratifié le traité et que le processus "se poursuit" dans les autres pays, il reconnaît aussi que la ratification tchèque ne "pourra pas être terminée sans avis favorable de la Cour constitutionnelle", où un recours a été déposé.

Autre déconvenue : le Premier ministre britannique Gordon Brown a reconnu que la ratification dans son pays annoncée jeudi ne serait pas définitive tant que la Haute cour de Londres n'aurait pas rendu un jugement sur un recours introduit par un citoyen réclamant un référendum.

Même si cette anicroche s'avérait de courte durée - la Cour doit se prononcer la semaine prochaine - elle est venue renforcer l'impression que le sauvetage du traité de Lisbonne est mal engagé.

D'autant que le Premier ministre polonais Donald Tusk n'a pas exclu que le président Lech Kaczynski fasse lui aussi maintenant des difficultés pour signer le traité déjà ratifié par le Parlement polonais.

Les dirigeants, qui voulaient prouver l'utilité de l'Europe lors de ce sommet, n'ont pas apporté non plus de réponse aux "problèmes concrets" des citoyens, comme ils se l'étaient promis.

Face à la flambée des prix du pétrole, ils ont au contraire affiché leurs divergences. Le président français Nicolas Sarkozy s'est ainsi dit ouvertement en désaccord avec l'Allemagne sur la question de la fiscalité des produits pétroliers, qu'il veut voir plafonner alors que Berlin refuse.

Paris va néanmoins examiner, avec la Commission, la faisabilité de plusieurs idées de mesures pour lutter contre le pétrole cher, y compris celle sur la TVA.

Cette présidence s'annonce difficile pour le président français, en raison de la crise du traité mais aussi de tensions entre la France et la Commission, qui se sont mutuellement accusées durant le sommet d'avoir contribué au non irlandais.

M. Sarkozy semble néanmoins décidé à user de son énergie légendaire - il doit aller à Dublin dès le 11 juillet - et de pressions si nécessaire pour surmonter la crise.

Il a ainsi agité la menace d'un report de l'adhésion de la Croatie à l'UE, attendue en 2010, pour pousser les Tchèques, très favorables à la poursuite de l'élargissement de l'UE, à ratifier le traité. Une menace qui a été soutenue par certains, mais dénoncée par Donald Tusk comme "inacceptable".

vendredi 13 juin 2008

L'Irlande entame le décompte du référendum, l'Europe retient son souffle

L'Irlande a entamé vendredi matin le décompte du référendum sur le traité européen de Lisbonne dont les résultats, attendus en fin de journée, pourraient provoquer une crise majeure en Europe en cas de victoire du "non".

Les suffrages ont commencé à être comptés dans les 43 circonscriptions de l'île pour des résultats définitifs prévus en fin d'après-midi. Le suspense est total, les derniers sondages donnant le "oui" et le "non" au coude à coude, voire le "non" en tête.

Aucun chiffre officiel de participation n'a été diffusé. Elle serait de 50% selon l'Irish Times, mais la radio-télévision irlandaise RTE l'évalue à 40% environ, soit seulement quelques points de plus que le plus-bas atteint en 2001 (34,8%). Cette faible participation avait été citée comme l'une des raisons principales de la défaite du "oui".

"Si la participation est de 50-55%, le oui a de bonnes chances. S'il se situe à 35% ou moins, il y a une forte possiblité d'un non", a déclaré à l'AFP Ben Tonra, politologue à l'University College à Dublin.

Les autorités ont averti que si la différence entre les "oui" et "non" est inférieure à 10.000 voix, un recomptage national serait organisé. Les résultats ne seraient dans ce cas pas attendus avant 21h00 (20h00 GMT).

Un peu plus de trois millions d'électeurs étaient appelés aux urnes jeudi pour cet unique référendum tenu sur le traité de Lisbonne dans un pays européen. Les 26 autres Etats-membres de l'Union européenne (UE) ont opté pour une ratification parlementaire, ce que 18 capitales ont déjà fait.

La perspective d'un rejet du traité par 4,2 millions d'Irlandais, soit moins de 1% des 495 millions d'Européens, a réveillé le spectre du rejet de la Constitution européenne en 2005 par la France et les Pays-Bas, ainsi que de celui du traité de Nice, lors d'un référendum en 2001 en Irlande.

Il avait alors fallu organiser un deuxième vote sur l'île pour faire adopter le texte. Mais il n'y aura pas de second référendum cette fois-ci, a assuré le gouvernement.

Le traité doit être adopté dans l'ensemble des 27 pays de l'UE pour entrer en vigueur. Le Premier ministre français François Fillon a averti jeudi soir qu'il n'y aurait "plus de traité de Lisbonne" en cas de rejet par les Irlandais "sauf à reprendre le dialogue avec le peuple irlandais". "On verra l'initiative qu'il faudra prendre", a-t-il ajouté.

En cas de victoire du "non", il faudrait trouver un "arrangement juridique" entre l'Irlande et les 26 autres membres de l'UE, a estimé vendredi le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet.

Un gigantesque "Vendredi 13" barrait deux pages de l'Irish Daily Mirror, qui prédisait un "cauchemar" pour le Premier ministre irlandais Brian Cowen.

"A-t-on rejeté notre propre traité ?", se demande une éditorialiste dans l'Irish Daily Mail, soulignant que Lisbonne a été en grande partie écrit à Dublin. Le texte a été rédigé à l'époque où le Premier ministre irlandais d'alors, Bertie Ahern, avait pris la présidence tournante de l'Europe, en 2004.

"Résultat très serré", titre quant à lui l'Irish Independent.

Le parieur irlandais Paddy Power ne s'est pas embarrassé de doute et a décidé de payer ses clients qui ont misé sur le "oui", sans même attendre les résultats.

Le camp du "oui" regroupe l'ensemble des formations parlementaires, à l'exception du parti nationaliste Sinn Féin, ainsi que la très grande majorité des organisations syndicales et patronales.

Mary Lou McDonald, la responsable de la campagne du Sinn Féin (4 députés sur 166), avait prédit jeudi un résultat "très serré". L'homme d'affaires Declan Ganley, fer de lance du "non", avait quant à lui appelé les Irlandais à envoyer "un message clair" à Bruxelles en vue d'une renégociation du traité pour qu'il soit plus démocratique, responsable et transparent.

Brian Cowen avait exprimé sa "confiance" en votant jeudi.

Source : AFP

mardi 10 juin 2008

Les Irlandais tentés par un non à l'Europe


Les Irlandais tentés par un non à l'Europe

par Stéphane Kovacs
Le Figaro, le 06/06/2008 - Mise à jour : 21:16

Jeudi, l'Irlande pourrait rejeter le traité de Lisbonne, un texte jugé compliqué qui inquiète la population.


PENDANT que l'Europe retient son souffle, à six jours du référendum sur le traité de Lisbonne, les Irlandais continuent de s'arracher les cheveux. Leur pays va-t-il de­voir renoncer à sa neutralité, autoriser l'avortement, ou même… la détention des enfants de 3 ans, comme l'affirme le camp du non ? Ce texte est-il « le plus équilibré que nous ne pourrons jamais obtenir », comme le martèle le gouvernement ? Dans le doute, c'est le slogan repris aux adver­saires du traité de Nice, rejeté par les Irlandais en 2001, qui s'impose : « Si vous ne savez pas, votez non ! »

Pour la première fois depuis le début de la campagne, un sondage, publié hier par l'Irish Times, place le « non » en tête : avec 35 %, il est en progression constante, tandis que le oui plonge à 30 %.

Principale raison invoquée par les « nonistes » : ils ne comprennent rien à ce traité dit « simplifié ». L'Irlande, unique pays européen à être tenu, de par sa Constitution, d'organiser un référendum, s'ap­prête à se prononcer sur un texte que seuls 5 % des électeurs affirment comprendre, et que per­sonne ou presque n'a lu entièrement. Brian Cowen, le nouveau premier ministre, « n'a pas eu le temps ». Charlie McCreevy, le commissaire européen de Dublin, a même confié qu'il ne s'attendait pas à ce que « des Irlandais sains d'esprit » le fassent. Quant au vice-premier ministre, Mary Cough­lan, elle n'a visiblement pas tout compris, elle qui a assuré récemment que « certains grands pays comme l'Allemagne » avaient ac­tuel­lement « deux commissaires eu­ropéens », ce qui n'est plus le cas depuis 2004…

Pour les opposants au traité, ces maladresses sont du « pain bénit ». « Comment veulent-ils qu'on leur fasse confiance, alors qu'ils démontrent leur totale incompétence en matière européenne », se gausse Declan Ganley, fondateur de l'organisation Libertas. Ce héraut du « non », un jeune chef d'entreprise multimillionnaire, se présente comme « passionnément proeuropéen », mais milite pour plus de démocratie et de transparence au sein des institutions européennes.

À la sortie des églises ou des entreprises, il distribue ce traité « que le gouvernement n'a pas pris la peine d'envoyer aux électeurs ». « Des faits, pas de politique, répète-t-il. Jusqu'ici, l'Europe a été béné­fique à l'Irlande, ne changeons rien… » Seul parti parlementaire à s'opposer au traité, le Sinn Féin marque lui aussi des points. « Nous voulons un meilleur deal pour l'Irlande, clament ses militants. En fait, c'est un non pour un meilleur oui. »


Craintes d'une harmonisation fiscale

Principaux sujets d'inquiétude, la « clause de solidarité » prévue en cas d'attaque terroriste qui, selon les adversaires du traité, remettrait en question la neutralité du pays. Ainsi que l'harmonisation fiscale, souhaitée notamment par la ­France, qui marquerait la fin des taux d'imposition extrêmement bas (notamment 12,5 % pour les sociétés), considérés par Dublin comme l'un des secrets de sa ­réus­site. « Ils voudraient qu'on paie les mêmes impôts qu'en France, s'étrangle Declan Ganley. Il est essentiel que nous gardions le contrôle de nos investissements étrangers. Ce n'est pas le cas avec ce traité. »

Viennent s'ajouter les craintes personnelles des électeurs, alors que l'essoufflement du fameux « Tigre celtique » commence à les faire douter des bienfaits de l'Union européenne. La confiance des consommateurs est en chute libre, la croissance (5,3 % en 2007) devrait être divisée par deux cette année et le chômage (5,5 %) est reparti à la hausse. « Du coup, ils mettent tous leurs problèmes sur le dos du traité », déplore un militant du oui. Des opposants à la fermeture de plusieurs services d'un hôpital de province ont ainsi appelé à voter non…

Soupçonné de corruption, l'an­cien premier ministre, Bertie Ahern, a démissionné il y a un mois, afin d'éviter un vote sanction. Négociateur de la première mouture du traité, le nouveau taoiseach, Brian Cowen, ne sait plus où donner de la tête. À bord de son « Yes-Bus », il sillonne sans relâche les routes irlandaises, se faisant tantôt menaçant, tantôt conciliant, comme avec la puissante Association des agriculteurs irlandais, à laquelle il a promis d'« utiliser son veto si un accord inacceptable pour l'Irlande est soumis au vote » lors des pourparlers de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Les trois principales formations politiques, les syndicats, les organisations patronales et agricoles ont beau soutenir le traité, « c'est difficile de le rendre excitant… », soupire Enda Kenny, leader du parti chrétien-démocrate Fine Gael.

« L'appel à la paranoïa nationale est toujours beaucoup plus fort que la rationalité, analyse Alan Dukes, ancien président de l'Institut des affaires européennes. Que se passera-t-il en cas de victoire du « non » ? La seule réponse honnête est : on ne sait pas. »

En tout cas, les autorités ont déjà prévenu : « Cette fois-ci, il n'y a pas de plan B. » Car « le traité de ­Lisbonne, c'est déjà le plan B ».

Source : Le Figaro